Diapason review
« Quand je serai mort, ma musique vous bouleversera », a dit un jour Olivier Greif. Nul orgueil en cela mais conscience lucide de l’intensité communicative dont elle était chargée. Une musique éloquente portée par le souffle d’un génie impérieux qui lui laissait à peine le temps de noter l’inspi- ration sous la dictée, et la foi qui soulève des montagnes. La Foi ? Celle de l’artiste qui croit en son œuvre au-delà des ravages du doute. Les montagnes ? Les diktats de l’avant-garde d’hier hors desquels il semblait n’y avoir point de salut. Aussi a-t-il vécu en marge des institutions et, lors de sa dis- parition prématurée, même ceux qui l’avaient connu au faîte de sa maturité créatrice n’imaginaient pas que sa musique, rarement ou confidentiellement jouée, dépasserait ainsi le cercle des intimes, amis et admirateurs.
Dans ce contexte, la captation sur le vif, au Festival de Deauville, d’une de ses œuvres les plus émouvantes atteste que la sève circule et que cette partition de 1979 n’a pas cessé de fructifier.
Vaste cycle de méditations sur la mort – l’aboutissement de toute vie, et qui lui donne sens – sur des poèmes métaphysiques anglais des XVIe et XVIIe siècle, Les Chants de l’âme n’étaient représentés, au disque, que par l’enregistrement de la création (salle Gaveau en 1996, publié par Triton) avec Jennifer Smith et Olivier Greif au piano. Contre toute attente, la nouvelle interprétation semble plus greifienne que celle de l’auteur : Philippe Hattat en restitue les fulgurances si caractéristiques et Marie-Laure Garnier ne craint pas d’aller au-delà des limites de sa voix, quand Smith, plus soucieuse de la ménager, optait pour une sérénité en accord avec la morale des poèmes : « En nous remémorant la brièveté du séjour terrestre, la mort nous incite à en faire l’emploi le plus sage. »
En complément, deux brèves partitions contrastantes : Les Trottoirs de Paris de Greif, fantaisie néobaroque douce-amère pour deux voix (dont on regrette de ne saisir que les derniers mots) et piano ; et D’une douleur muette d’Escaich, pour voix (dont on saisit au moins les premiers !), violoncelle et piano. D’une émotion poignante d’acuité et de simplicité dans la retenue comme dans l’explosion douloureuse, cette dernière fut inspirée par la nou elle de la mort d’Olivier.
Gérard Condé